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November 04, 2002 Trois questions à... Louis Michel, ministre belge des affaires étrangères 1 En tant que ministre belge des affaires étrangères, vous avez suivi le sommet européen de Bruxelles, où s'est manifestée la relance du "couple" franco-allemand. Est-ce une nouvelle donne en Europe ?
J'ai toujours prédit que la fin de la cohabitation en France servirait l'Europe, et c'est manifestement à cela qu'on assiste. La France reprend sa place naturelle au sein des Quinze, une sorte de destin d'équilibre : un destin dynamique avec l'Allemagne, mais aussi une vocation à équilibrer le jeu normal d'influences au sein des Quinze. Le président Chirac répond en cela à une attente : pour la première fois depuis longtemps, un certain nombre d'acteurs européens se sont rendu compte que lorsqu'elle est à 100 % de sa capacité politique, la France est un pays qui compte. Débarrassé de la cohabitation, Jacques Chirac pèse beaucoup plus, et les Britanniques n'ont plus l'espace dont ils disposaient. Tony Blair assurait un peu son leadership politique en raison de l'absence des autres. Le conseil de Bruxelles constitue de ce point de vue une rupture.
2 Cette relance ne fait-elle pas ressurgir l'ombre de ces "directoires européens", qui inquiétaient si forts les petits pays ?
Cela ne m'inquiète pas du tout. L'absence du couple franco-allemand et, en particulier, de l'influence française m'inquiétait bien davantage. La France et l'Allemagne sont beaucoup plus rassurantes pour les Européens, à la fois sur le plan de l'intégration européenne, de la "méthode communautaire", ainsi que sur le fait de savoir ce qui est bon pour l'Europe, que lorsqu'elles sont absentes.
3 La politique agricole commune est-elle "sauvée" pour quelques années, comme le disent les Français, ou faudra-t-il aller vers sa remise en cause, comme le prônent les Britanniques ?
Il faudra faire une réforme, mais cela ne peut pas signifier le démantèlement de la PAC. C'est là où se situe la différence entre la position française - largement la nôtre aussi - et celle des Britanniques. Nous pensons qu'il faut une réforme sérieuse de la PAC, concomitante avec une réforme du système financier européen. Il ne serait pas sage de prévoir une réforme du second, par exemple par l'introduction d'une ressource directe européenne, avant d'avoir réformé la PAC, mais l'inverse n'est pas meilleur : cela signifie qu'il faut mener les deux exercices de front. Lors du sommet de Bruxelles, nous n'avons simplement pas voulu mettre la charrue devant les bœufs.
Propos recueillis par Laurent Zecchini
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU MONDE DU 31.10.02
Information uploaded by Maarten Linden on November 04, 2002 12:00 PM
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