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April 01, 2003

L'union (des petits) fait la force

Les dirigeants de sept pays de l'Union se sont réunis mardi soir au Luxembourg.
Tous partagent une même conception de la construction européenne.
Et veulent se faire entendre sur la scène continentale en cette période de réformes.

Ils dirigent des «petits» pays, mais n'aiment pas qu'on le leur rappelle. Si les chefs d'Etat et de gouvernement de sept pays de l'Union européenne (*) (et pas d'Europe centrale) se sont réunis mardi soir au Luxembourg, ce n'est pas parce qu'ils sont petits - bien qu'en coulisse, on les surnomme les «sept nains» - mais parce qu'ils «partagent globalement la même conception de l'Europe», selon l'hôte grand-ducal, et veulent accorder leurs violons pour faire entendre une mélodie plutôt qu'un brouhaha à côté du chant franco-allemand ou anglo-espagnol. L'union fait la force, a fortiori quand on est... petit.

Cette «réunion de travail informelle», initialement programmée le 19 mars à Bruxelles mais reportée devant l'imminence de la guerre contre l'Irak, tombe à point nommé: plusieurs Etats ont déjà pris position sur les réformes institutionnelles et les membres de la convention sur l'avenir de l'Europe s'en saisissent sous peu. Cette enceinte, chargée d'écrire une constitution européenne sous la houlette de Valéry Giscard d'Estaing, doit dessiner une nouvelle architecture institutionnelle pour permettre à l'Union élargie de demain de fonctionner, voire d'avancer. Mais l'idée de ce que devrait être cette ébauche varie d'un pays à l'autre, parfois considérablement.

Or, il se trouve qu'une poignée d'Etats partagent une vision basée «notamment sur un renforcement de la méthode communautaire, un équilibre entre les institutions européennes ainsi que sur l'égalité entre tous les Etats membres». L'objet du sommet d'hier, auquel aurait pu se joindre la Grèce si elle n'exerçait en ce moment la présidence de l'Union, était de voir comment rapprocher les points de vue de manière à influencer les travaux de la convention, entrés dans leur phase cruciale. Valéry Giscard d'Estaing, soupçonné par les «petits» de se montrer plus réceptif à la position des «grands», écoutera le 16 avril l'avis de chacun des chefs d'Etat et de gouvernement, réunis à Athènes pour signer les traités d'adhésion qui scelleront l'élargissement de l'Union à dix nouveaux membres. Un sommet spécial se tiendra ensuite vraisemblablement le 30 juin à Bruxelles.

La présidence en question

Il n'est pas anodin de constater que les dirigeants qui se sont retrouvés hier soir tiennent les rênes de pays peu peuplés - la Suède et le Danemark faisant l'exception. Il se trouve, de fait, plus de défenseurs de la Commission, garante de l'intérêt commun européen et donc de celui des petits, parmi eux que parmi les grands. Ces derniers temps, les divergences se sont cristallisées sur le débat autour de la réforme de la présidence du Conseil qui, aujourd'hui, change tous les six mois. Les amis de la Commission - pour autant qu'on puisse les baptiser ainsi - redoutent que la nomination d'un président du Conseil européen fixe pour quelques années n'affaiblisse Romano Prodi et son institution d'une part et ne privilégie une personnalité venue d'un grand pays d'autre part. Ce dont ces derniers se défendent, à l'instar du ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, qui avait lâché que le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, remplirait à merveille cette fonction.

De manière plus générale, les petits redoutent l'instauration d'un directoire des grands, lesquels craignent de se faire déborder par les petits, majoritaires en nombre. Depuis la négociation du traité de Nice en l'an 2000, la tension est palpable, la méfiance s'exprimant de manière plus ou moins aiguë selon les péripéties de l'actualité. On se souviendra à quel point le mini-sommet consacré à la situation en Afghanistan, improvisé par Tony Blair le 4 novembre 2001 à Londres, avait attisé les rancoeurs. Si bien qu'aujourd'hui, systématiquement, les uns cherchent à savoir ce qui se cache derrière les propositions des autres.

(*) L'Autriche, la Belgique, la Finlande, l'Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Portugal.

© La Libre Belgique 2003




Information uploaded by Peter Strempel on April 01, 2003 10:38 PM


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