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Up-to-the-Minute:Opinion
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June 18, 2003

Trois questions à Richard Von Weizsäcker

Vous avez été président de la République fédérale d'Allemagne au moment de la réunification. Qu'apporte le texte de la Convention aux Allemands ?

L'année 1990 ne fut pas seulement celle de la réunification allemande. Elle a aussi ouvert la porte à l'achèvement de l'Europe. Après le sommet de Copenhague, où a été décidé l'élargissement de l'Union, la Convention est un grand pas dans cette voie. Comparé à ce que nous pouvions attendre il y a un an, le résultat est une sorte de miracle. Pour nous, Allemands, en raison de la forme spécifique de notre fédéralisme, il était important de parvenir à une claire répartition des compétences. Un progrès important a aussi été enregistré dans le domaine de la coordination des politiques économiques et budgétaires. Tout cela aura des répercussions positives, à long terme, sur le plus grand manque de cette Convention, à savoir l'absence de véritable progrès dans le domaine de la politique étrangère et de défense.

Pourquoi ce manque ? Est-il dû à la crise irakienne ? Doit-on clarifier les relations avec les Etats-Unis ?

Une telle clarification ne serait pas la condition, mais la conséquence de progrès dans la politique étrangère et de défense. Je crois que Giscard a, dans ce domaine, beaucoup tenu compte de la position britannique, peut-être parce qu'elle lui est proche. Nous, Allemands, ne voulons en aucun cas que la politique européenne se définisse dans un sens anti-américain. Mais l'Europe ne deviendra un partenaire politique indépendant, capable d'une véritable coopération, que si les Etats se prennent en main et agissent ensemble, sérieusement, en matière de défense. Cela n'a jamais été une priorité du moteur franco-allemand, qui reste indispensable, mais ne pourra, dans le futur, être vraiment efficace que s'il devient un "moteur à trois", avec la Grande-Bretagne.

Le signal lancé à Saint-Malo n'a pas encore eu beaucoup d'effets, mais il est décisif. Paris et Berlin doivent accepter et exiger des Britanniques qu'ils tiennent, avec eux, un rôle de leaders dans la politique européenne. Français et Allemands gagneront en influence si le Royaume-Uni tient le volant avec eux. Les inquiétudes suscitées par le tandem franco-allemand viennent de ce qu'on n'a pas assez su faire jouer cette coopération à trois.

Les nouveaux membres de l'Union, à l'Est, ont eu une attitude défensive à la Convention. Cela vous inquiète ?

Ils ont été dépassés par le côté technique des discussions. La Convention n'a pas changé fondamentalement la répartition du pouvoir au sein de l'Union. Son résultat ne justifie pas leurs craintes. Mais elle a surtout été une école pour eux. Nous autres, à l'Ouest, avons mis cinquante ans pour en arriver là.

Propos recueillis par Henri de Bresson

Article paru dans l'édition du Monde du 18.06.03




Information uploaded by Emmanuel Vallens on June 18, 2003 02:57 PM


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